11. Anonymous (signed "P."), review of Grétry, Mémoires. Journal des Savans, 30 ventôse an VI (1797), 171

Un idée neuve, & qui paroîtra singulière, est celle que propose le citoyen Grétry de faire composer d'abord la musique sur une situation donnée pour y adapter ensuite les paroles. Il faut voir le développement de ce projet, tome III, page 349 & suivantes, où il est annoncé comme une révolution dramatique dont toute la gloire rejaillira sur la poesie.

Nous ne sommes point étonnés de ce vŒu, qui, pour ê tre senti & conçu, demande quelque habitude de la musique. Le citoyen Grétry cite les symphonies d'Haydn: ceux qui les conoissent, et quel musicien ne les connoit pas! ont éprouvé comme nous qu'elles expriment toujours un sentiment, qu'elles l'inspirent, et qu'il ne leur manque que la parole. Nous en dirons autant de Boccherini, le sentimental par excellence, dont la mélodie est si pure et l'harmonie si parfaite, qui tour à tour est sombre, tendre, déchirant, gracieux, et mê me très gai par accès. Un jeune homme venoit d'exécuter pour la première fois le trait suivant, l'un des moins connus et des moins cités de ses Quintetti :

L'archet lui tombe des mains, et il s'écrie: Voila le premier accent de la douleur d'Ariadne, au moment où elle fut délaissée dans l'île de Naxos! Fontenelle aurait dit: Sonate, que me veux-tu? Haydn et Boccherini répondent: Nous voulons une âme et tu n'as que de l'esprit: fais des epigrammes et des calculs.

Translation

A new idea, and one which appears to be singular, is that proposed by citizen Grétry, to first compose the music for a given situation, and to adapt the words to it afterwards. The development of this project is to be seen in Volume III, pages 349 and following, where it is announced as a dramatic revolution where all the glory will reflect upon poetry.

We are not at all surprised by this vow, which, in order to be heard and understood, demands some familiarity with music. Citizen Grétry cites the symphonies of Haydn: those who know them – and what musician does not! – have felt, as we have, that they always express a sentiment, inspire it, and that they lack nothing but the words. We can say as much of Boccherini; the sentimentalist par excellence, whose melody is so pure and harmony so complete, who is turn by turn sombre, tender, heart-rending, graceful, and yet very gay, all by fits and starts. A young man had just played the following phrase for the first time, from one of the less known and quoted of his quintets:

The bow fell from his hands, and he cried out: Behold the first accent of Ariadne's grief at the moment when she was abandoned upon the island of Naxos! Fontenelle would have said: Sonata,what do you want of me? Haydn and Boccherini respond: We want sensibility, and you have nothing but wit: go make your epigrams and your calculations.